Le paradoxe de Mars – lettre d’Infos #09 [mars 26]

🟠 EDITO

Mars porte décidément bien son nom cette année !

Au moment où j’écris ces lignes, l’actualité nous rappelle combien le monde peut basculer dans la violence. La guerre en Iran ravive des tensions profondes, des fractures anciennes et nous confronte à ce constat brutal : comme l’énergie humaine peut se transformer en destruction !

Et dans le même temps, la nature entre en printemps. La lumière se fait plus chaleureuse, les couleurs se ravivent, les bourgeons éclatent, la vie reprend.

Lorsque j’ai imaginé ce thème — le paradoxe de mars — je pensais simplement à l’antinomie entre l’éclosion du printemps et Mars, dieu de la guerre.

Puis la réalité nous a rattrapés.

Nous aussi, dans nos entreprises, dans nos décisions, dans nos engagements, nous déployons une grande énergie.

La question n’est pas la quantité dont nous disposons.
La question est : qu’en faisons-nous ?

La transformons-nous en pression, en dureté, en combat ?
Ou en puissance structurante, en clarté, en régénération ?

Ce mois-ci, je vous propose d’explorer cette frontière subtile.

Avec exigence. Et avec humanité.

Marie-Laure


Le paradoxe de mars : la puissance sans la violence

Mars a un talent particulier : il nous met face à une contradiction qui, au fond, nous ressemble.

D’un côté, l’air change, la lumière revient, le vivant s’ébroue, les bourgeons gonflent, les sols se réchauffent, les journées s’étirent. On passe du “tenir” au “pousser”.

De l’autre, mars porte un nom lourd : Mars, le dieu romain de la guerre. Un mois placé sous le signe du combat, de la force… parfois de la violence.

Et c’est là que ça devient intéressant.

Parce que dans nos vies de personnes engagées, passionnées, très actives — chef d’entreprise, dirigeant, cadre, profession libérale — mars agit comme un miroir : quand l’énergie revient, savons-nous la transformer en puissance… sans la convertir en violence … y compris envers nous-même ?

1 –  Mars, le mois où tout repart — mais pas de la même façon

Il y a deux manières de “repartir”.

La relance par inertie : accélérer parce qu’on a peur de stagner  et remplir l’agenda pour ne pas entendre le silence.

La relance organique : un mouvement qui vient de l’intérieur, une impulsion, une direction claire, pas sur une fuite, pas de bruit inutilse

Le printemps n’est pas un sprint !

Et c’est bien cette montée en puissance que la nature nous enseigne : elle augmente l’intensité sans s’éparpiller. Elle ne “multiplie” pas les actions ; elle réactive des processus.

Dans une organisation, une vie professionnelle intense, c’est pareil : la reprise n’est pas une question de quantité d’efforts, mais de qualité de trajectoire.

Premier pivot du paradoxe de mars : quand l’énergie revient, la tentation est de la “dépenser” vite. Alors que la vraie puissance consiste à la canaliser.

2 –  Mars, le dieu du combat — et notre confusion puissance/violence

Mars vient de Martius : dans la Rome antique, « martius » correspondait au retour des campagnes militaires… et au redémarrage des activités agricoles.
Autrement dit : un mois de mise en mouvement.

Et c’est là que la symbolique devient utile : mars n’est pas seulement la guerre, c’est aussi l’élan, l’énergie, la capacité à rompre l’immobilité.

Notre problème, à nous habitants du 21ème siècle, c’est que lorsque la pression monte, quand les enjeux se resserrent, quand les délais deviennent durs, beaucoup d’entre nous glissons sans s’en rendre compte d’un mode puissance à un mode violence.

La violence au travail est rarement spectaculaire, elle est souvent polie, rationnelle, corporate.

Et vous savez toutes les formes familières qu’elle peut prendre

  • l’urgence permanente,
  • l’implicite non-dit (“tu vois bien ce que j’attends…”),
  • la surcharge qui devient la norme,
  • la culpabilisation déguisée en ambition,
  • la réunion qui remplace la décision,
  • le “juste un dernier truc” qui n’est jamais le dernier.

La violence commence quand l’énergie sert à compenser du désordre.

Et ça, c’est un point clé pour Le Degré Humain : la violence produit de l’entropie.
Elle fragmente, elle disperse, elle coûte. Elle fait monter le bruit, la friction, la fatigue, la défiance. Elle oblige à dépenser davantage d’énergie pour obtenir moins de résultat.

Deuxième pivot du paradoxe de mars : on croit gagner en puissance en “durcissant”. Souvent, cela crée plus de désordre, donc de l’entropie

3 –  La leçon de la graine : une force immense, sans agressivité

Flach back de cette curieuse expérience du confinement et de l’absence de circulation dans les villes.

Comme nous étions surpris, voire émerveillés de voir surgir du vert à travers le bitume.

Avez-vous déjà pensé à ce que cela implique : cette petite pousse qui traverse un sol compact, l’absence de lumière …  pour elle [contrairement à nous] l’incertitude du chemin n’est pas un sujet !

Et pourtant, la petite tige avance, elle n’explose rien.
Non, tranquillement, elle se fraye un passage.

Sa force est réelle, mais la manière de procéder est différente : progressive, continue, orientée.
La graine mobilise une énergie énorme, mais cette énergie est organisée.

C’est exactement ça la puissance : une énergie orientée, rythmée, cadrée.

Et c’est l’inverse de la violence : une énergie qui déborde, qui compense, qui décharge.

Dans nos métiers à haute intensité, nous confondons souvent puissance et pression.

Alors que la puissance ressemble plutôt à une décision nette, un périmètre clair, une exigence explicite, un “non” assumé, une réduction des priorités, une simplification courageuse

Vous le voyez, la nature ne fait pas “plus”, elle fait ‘mieux aligné’.

Troisième pivot du paradoxe de mars : la puissance n’a pas besoin de violence pour traverser la matière.

Bref, ce mois est fascinant parce qu’il associe la force qui écrase (la guerre) et la force qui émerge (le printemps).

Et notre enjeu, en tant que Responsable [au moins de nous-même], ce n’est pas d’avoir ou non de l’énergie, c’est de transformer cette énergie en puissance sans la laisser se dégrader en violence — envers les autres, et parfois envers soi.


Plus de 10 kilos par cm².

C’est la pression qu’une jeune pousse – dont vous percevez bien la fragilité –  peut exercer pour traverser un sol compact.

 Une force considérable… sans brutalité, elle ne frappe pas, elle progresse, millimètre après millimètre.

En mars, la nature nous rappelle que la puissance n’est pas une explosion mais une pression orientée et continue.

Imaginez si nous utilisions notre énergie de la même façon ?


Wangari Maathai (1940–2011), biologiste kényane et fondatrice du Green Belt Movement, a perçu avant beaucoup d’autres le lien entre dégradation des sols, pauvreté et instabilité politique.

Là où certains voyaient un problème écologique isolé, elle a identifié un déséquilibre systémique.

En mobilisant des milliers de femmes pour planter plus de 50 millions d’arbres, elle a démontré qu’un geste simple, répété et structuré, peut transformer durablement un pays.

Prix Nobel de la Paix en 2004, elle laisse un outil puissant : agir localement, avec constance, pour régénérer un système plutôt que le combattre frontalement.


Ce que tu peux en faire, concrètement et ça, sans changer ton style de vie

Voici 5 micro‑déplacements très pratico‑pratiques pour “passer en mode mars” sans basculer en mode guerre :

  1. Remplacer l’urgence par la priorité.
    Une urgence est contagieuse. Une priorité est structurante. Pose‑toi une question simple : qu’est‑ce qui mérite vraiment mon énergie maintenant ?
  2. Dire l’exigence au lieu de la transmettre par pression.
    La pression crée du flou. L’exigence crée du cadre. Formule ce que tu attends : résultat, standard, délai, marge de manœuvre.
  3. Traiter le désordre avant de demander l’effort.
    Si ça frotte partout, ce n’est pas un problème de motivation : c’est souvent un problème de système. Où est le goulot ? Où est l’implicite ? Où est la décision manquante ?
  4. Réduire la surface de conflit.
    Beaucoup de tensions viennent d’objectifs qui se contredisent (vitesse vs qualité, croissance vs stabilité, innovation vs conformité).
    La puissance, c’est choisir — pas reporter la contradiction sur les autres
  5. Se demander : je pousse “contre” ou je pousse “vers” ?
    “Contre”, c’est la lutte, la crispation, la dureté.
    “Vers”, c’est la direction, l’élan, l’orientation.

Comment savoir si j’utilise mon énergie en mode ‘mars-violence’ ou ‘mars-puissance’ ?

Si vous vous sentez fatigué, irrité, dispersé, dans le brouillard… il est possible que vous soyez passé en mode combat.

Pour clarifier où vous en êtes, réalisez le diagnostic PEP [Profil d’Entropie Personnelle] de Synacto Solo. Il permet d’identifier vos zones de déperdition dans 6 dynamiques vitales :
– 3 racines (Conscience, Sens, Corps)
– 3 visibles (Créativité, Méthode, Reliance)

C’est un premier pas  concret pour transformer la pression en puissance durable.


Le Mois prochain

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