Less is more

Le Degré Supplémentaire, la lettre d’Infos du Degré Humain #08 [Février 26]


🟠 EDITO

« Less is more », trois mots presque provocateurs, dans ce monde qui nous invite sans cesse à en faire plus.
Plus vite – Plus fort – Plus longtemps – Plus performant.

Et pourtant, dans les accompagnements, les diagnostics ou les échanges informels, un constat revient avec insistance :
malgré tous les efforts, toute l’exigence et toute la volonté mobilisée… les résultats espérés ne sont pas toujours au rendez-vous.

Beaucoup d’entre nous, femmes et hommes engagés dans leurs responsabilités professionnelles et personnelles, font déjà énormément.
Ils tiennent. Ils compensent.Ils s’adaptent.

Jusqu’au moment où quelque chose se dérègle : la fatigue s’installe, le sens se brouille.
Et l’énergie, pourtant si naturelle « avant », semble s’être perdue en chemin.

Alors, j’ai eu envie de vous proposer un autre regard, justement pour ce mois février – le mois le plus court de l’année – et si le sujet n’était pas d’en faire plus… mais de faire juste, parfois même de faire moins ?

Non pas pour renoncer, mais pour ajuster.
Parce que lorsque l’énergie circule correctement, elle n’a pas besoin d’être forcée.

« La nature ne se hâte pas, pourtant tout est accompli. »
— Lao Tseu

Cette lettre est une invitation à explorer ce « moins » qui ouvre, bien souvent, à beaucoup plus.

Bonne lecture,


Less is more : quand l’énergie est juste, l’effort devient superflu

Ok, pour les amoureux de la francophonie, ce titre less is more est une trahison.
Mais avouons-le : en trois mots, tout est dit.

Nous vivons dans une époque où en faire toujours davantage est devenu un réflexe.
Plus d’actions.
Plus de décisions.
Plus d’engagement.
Plus de disponibilité.

Comme si, face à la complexité croissante, l’unique réponse possible était l’addition.

Et pourtant, sur le terrain, un paradoxe s’impose :
– plus on fait, moins l’impact est ressenti,
– et plus on s’agite, plus la fatigue s’installe.

Le less is more dont il est question ici n’est pas une posture minimaliste à la mode.
C’est une loi énergétique profondément humaine :
lorsque l’énergie est bien ajustée, elle n’a pas besoin d’être poussée au maximum !

Le malentendu du « faire moins »

Faire moins est souvent associé à la paresse, à la procrastination, au manque d’ambition ou d’engagement. Voire pire, à l’absence de prises de responsabilité.
Dans les accompagnements de dirigeantes et de managers, cette confusion est fréquente.

Beaucoup craignent que retirer, alléger ou simplifier revienne à lâcher la barre.
À perdre en crédibilité.
À renoncer à leur posture de ‘Chef’.

Or, ce n’est pas le moins qui pose problème.
C’est le désalignement.

Ce qui épuise n’est pas l’action en soi, mais l’action qui compense :
– un manque de clarté,
– une orientation floue,
– des injonctions contradictoires.

Là où l’énergie est mal orientée, on force.
Là où elle est juste, elle circule.

Scoop : l’énergie humaine n’est pas additive

Contrairement à la machine, l’énergie humaine ne fonctionne pas par accumulation.
On ne « stocke » pas durablement de l’énergie en faisant plus.

Au contraire, chaque ajout non ajusté génère dispersion, micro-arbitrages coûteux et, à terme, une tension intérieure constante.

Dans le modèle du Degré Humain, cette perte porte un nom : l’entropie.
Une déperdition d’énergie liée non pas à un manque de ressources, mais à une mauvaise circulation entre les différentes dynamiques de la personne ou du système.

Produire plus pour compenser l’entropie revient à verser de l’eau dans un seau percé.
On s’épuise… sans jamais remplir.

Ce que le « moins » permet réellement de produire en « plus »

D’abord, plus d’énergie disponible

Quand on retire ce qui consomme inutilement, l’énergie ne disparaît pas.
Elle se libère.

C’est l’un des constats les plus frappants de notre diagnostic ‘PEP’ !

Grâce au Profil d’Entropie Personnelle ‘PEP’, vous découvrez là où vous mettez trop d’énergie, là où elle fuite. En prendre conscience est déjà en soi bienfaisant, car enfin vous comprenez pourquoi la fatigue, l’agacement, le brouillard mental vous accablent !

Mais surtout vous pouvez mettre en œuvre rapidement des ajustements ultra simples et efficaces qui ramèneront de la vitalité alors même que la charge de travail est constante.

Pourquoi ?
Parce que l’énergie n’est plus gaspillée en justification permanente, en efforts de maintien, en tensions internes.

Et ainsi davantage de clarté

Moins de sollicitations, moins de priorités concurrentes, moins de bruit mental génère automatiquement plus de lisibilité.

La clarté n’est pas le fruit d’une analyse supplémentaire.
Elle émerge naturellement quand on a enlevé ce qui brouille.

Dans notre quotidien, ce sont souvent les allégements qui réorganisent,
qui révèlent ce qui est vraiment important et là où il est juste d’investir son énergie.

Et à terme, plus d’impact

Une action choisie, assumée et alignée produit un impact largement supérieur à l’énergie qu’elle mobilise.
C’est le principe de l’effet de levier : un effort modéré, placé au bon endroit, produit un résultat visible.

À l’inverse, multiplier les actions pour se rassurer épuise…
et finit par nourrir un sentiment d’inutilité et de perte de sens.
Ce qui, à terme, est profondément délétère.

Pourquoi le « moins » est difficile [et rarement spontané]

C’est vrai, c’est curieux quand même ! Si faire moins produit autant d’effets, pourquoi est-ce si compliqué de changer de mode de fonctionnement ?

D’abord, parce que notre cerveau préfère ajouter.
Ajouter est cognitivement plus simple que retirer.
Enlever demande de renoncer, d’inhiber un automatisme, d’accepter un vide temporaire.

Faire moins est donc un apprentissage, pas un réflexe.

Ensuite, parce que le « plus » rassure.
Il donne l’illusion d’être utile, de garder le contrôle, de prouver sa valeur.

Faire moins, au contraire, confronte à des peurs profondes :
Et si je n’étais plus indispensable ?
Et si on voyait que tout cela n’était pas nécessaire ?

Le « moins » touche à l’identité autant qu’à ou à la production ou à l’organisation.

Enfin, parce que notre culture valorise l’effort visible.
L’effort se voit, se commente, s’admire, s’évalue.
La justesse, elle, est souvent silencieuse, invisible, donc invisibilisée.

Assumer le « moins » demande une autorité intérieure solide.

Et maintenant, soyons clairs !

Si vous êtes fatigué.e, ce n’est probablement pas parce que vous n’en faites pas assez.
Si vous avez le sentiment de vous disperser, ce n’est sans doute pas un problème de motivation ou d’ogranisation.
Et si l’impact se dilue malgré vos efforts, ce n’est pas un manque de compétences.

C’est très souvent un désalignement énergétique.

Faire moins, dans ce contexte, n’est pas un renoncement.
C’est un changement de paradigme.

C’est précisément ce que propose le programme Synacto Solo : surtout pas vous apprendre à être plus performant, mais vous permettre d’identifier où votre énergie se perd, où elle se compense inutilement et comment la remettre en circulation de manière juste et durable.

A un moment donné, continuer à forcer n’est plus une option.

Et parfois, le vrai courage, ce n’est pas d’ajouter un effort de plus,
mais c’est oser retirer ce qui empêche enfin l’énergie de circuler.


0 — L’invention du rien utile

Le zéro n’a pas toujours existé.
Pendant longtemps, les civilisations comptaient… sans pouvoir dire le rien.

C’est en Inde, autour du Ve siècle, que le zéro apparaît comme un véritable concept mathématique, notamment formalisé par Brahmagupta.
Il ne désigne pas un manque, mais un point de référence.
Un espace vide… qui permet au système de fonctionner.

Sans zéro, il n’y pas de calcul fiable, pas de position juste, pas de cohérence d’ensemble.

Le zéro ne fait rien. Et pourtant, il change tout.

Il ne produit pas. Il organise.

Dans nos vies, c’est souvent pareil : tant qu’on ne sait pas reconnaître ce qu’on doit arrêter d’ajouter, on se dilapide et l’énergie se disperse.

Avec le zéro, il n’y a pas absence d’action, il y a la condition pour que l’action soit menée à sa juste mesure


Sengai Gibon est un Moine zen et calligraphe japonais du 18ème siècle

Il est célèbre pour ses ensō, des cercles tracés en un seul trait de pinceau,
sans reprise, sans correction possible.

Dans la tradition zen, ce cercle n’est ni décoratif ni symbolique au sens occidental.
Il est l’empreinte directe de l’état intérieur de l’artiste au moment précis du geste.

Un seul souffle.
Un seul mouvement.
Une seule chance.

Si l’esprit est dispersé, le cercle se rompt.
Si l’intention est floue, le trait hésite.
Si l’énergie est juste, le geste suffit.

Ce cercle dit quelque chose de fondamental : il n’est pas fermé, mais tenu, il n’est pas parfait, mais cohérent, il ne cherche pas à prouver, mais à refléter !

Une leçon pour l’énergie humaine

Tracer un cercle en un seul geste demande une présence totale, une clarté intérieure, et un ajustement subtil entre intention, corps et souffle. Le geste de Sengai nous rappelle une vérité exigeante : le moins n’est pas une facilité !


🔹 LE DEGRÉ EN PLUS — 8 explorations concrètes

  1. Repérez une action qui vous coûte plus qu’elle ne vous nourrit.
  2. Clarifiez une intention avant d’ajouter une nouvelle tâche.
  3. Avant un échange, posez-vous cette question :
    « Si je ne pouvais dire qu’une seule chose essentielle à cette personne, laquelle serait-ce ? »
  4. Regardez autour de vous :
    si vous deviez partir rapidement avec un seul objet, lequel choisiriez-vous… et pourquoi ?
  5. Écoutez la fatigue comme un signal, pas comme un défaut.
  6. Repérez et supprimez au moins un « il faut » inutile cette semaine.
  7. Faites confiance à ce qui circule déjà bien.
  8. Rappelez-vous : l’énergie aime la précision, pas la surcharge.

L’idée n’est pas de bien répondre.
Mais de vous amuser, d’assouplir votre cerveau, d’explorer les possibles.

Certaines réponses vous satisferont immédiatement.
D’autres vous questionneront plus tard.

Dans tous les cas, votre capacité à discerner ce « moins »
vous offrira toujours plus de lucidité sur vous-même.


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