2026, année en tensions ?

Le Degré Supplémentaire, la lettre d’Infos du Degré Humain #07 [Janvier 26]


🟠 EDITO

Tout commence par l’attention

Janvier ouvre traditionnellement le temps des bilans, des résolutions et des intentions pour l’année à venir.
Mais en ce début de 2026, un mot revient avec insistance dans les échanges, les équipes, les familles, les accompagnements : la tension.

Tension dans les agendas, dans les relations, dans les décisions à prendre.
Tension aussi plus intérieure, parfois difficile à nommer, qui touche à l’énergie, à la clarté, au sens.

Face à cela, une tentation fréquente : vouloir faire plus, mieux, plus vite.
Et si le véritable enjeu se situait ailleurs ?

Car notre vitalité ne dépend pas uniquement de ce que nous faisons,
mais de la qualité de notre attention, de la clarté de nos intentions, et de la manière dont nous lisons les tensions qui émergent.

Attention, intention, tension : trois dynamiques invisibles, mais déterminantes.
Lorsqu’elles se désaccordent, l’énergie se disperse.
Lorsqu’elles s’alignent, même les périodes exigeantes deviennent plus vivables.

Ce mois-ci, je vous propose d’explorer attention, intention et tension comme une boussole intérieure.
Pour transformer la tension en information,
l’intention en mouvement juste,
et l’attention en ressource vitale pour traverser 2026 avec plus de clarté et de justesse.

Marie-Laure


Et si tout se jouait dans la qualité de notre attention… et la clarté de notre intention

Il suffit d’écouter autour de soi.
Dans les cabinets, les équipes, les familles, les conversations informelles.
Les mots reviennent, insistants : fatigue, pression, surcharge, trop-plein.

2026 se profile comme une année sous tension.
Pas seulement économique ou géopolitique.
Quelque chose de plus intime, plus diffuse, plus silencieuse, qui traverse les corps, les esprits et les relations.

Attention, intention, tension : la mécanique invisible de notre énergie

Trois dynamiques qui conditionnent notre vitalité… ou son érosion.

Vous le savez peut-être déjà, ou vous allez le découvrir cette année : j’ai conçu un accompagnement dédié à notre énergie et au repérage de son opposé, l’entropie.
Cette sensation familière d’être fatigué·e, à bout, sans toujours bien comprendre pourquoi.

Récemment, une dirigeante me confiait :

« Je fais tout ce qu’il faut, mais je me sens en permanence sous pression. »

Tout est là.
Faire « ce qu’il faut » n’est pas toujours synonyme de vitalité.

1. L’attention : là où commence la fuite… ou la présence

L’attention est une ressource rare.
Et pourtant, c’est celle que nous gaspillons le plus facilement.

Notifications, urgences, pensées parasites, anticipation permanente…

L’attention ne se pose plus, elle papillonne.
On enchaîne les sujets, les sollicitations, les décisions.
À la fin de la journée, il reste peu d’énergie… avec cette impression étrange d’avoir été partout, sauf là où l’on était vraiment.

C’est ainsi que s’installe l’entropie : une usure diffuse, difficile à nommer.

👉 Question clé :
Où va mon attention quand je ne la choisis pas consciemment ?

Lorsque la tension devient continue et sans direction claire, quelque chose se dérègle : notre capacité à être présent·e à ce que nous faisons.
On pense à tout, tout le temps.
On anticipe, on rumine, on réagit plus qu’on ne choisit.

👉 Là où l’attention se disperse, la tension s’accumule.
Et l’énergie, au lieu de soutenir l’action, se dissout.

2. L’intention : donner une direction à l’énergie

Attention et tension ne suffisent pas.
Il existe une troisième dimension, souvent oubliée, mais décisive : l’intention.

L’intention n’est pas un objectif.
Ce n’est pas une liste de tâches à cocher.
C’est une orientation intérieure, silencieuse mais structurante.

C’est précisément ce qu’avait mis en lumière Viktor Frankl, fondateur de la logothérapie.
Pour lui, l’être humain n’est pas seulement soumis aux tensions de la vie :
il est tendu vers quelque chose qui fait sens pour lui.

Frankl a montré que la tension devient destructrice lorsqu’elle est vide de sens,
mais qu’elle devient porteuse de vitalité lorsqu’elle est habitée par une intention claire.

Or, beaucoup de tensions professionnelles et personnelles naissent aujourd’hui d’intentions « importées » :
– attentes implicites,
– normes de performance,
– rôles endossés sans être interrogés.

Formuler une intention juste, c’est se poser une question simple et exigeante :
👉 Au service de quoi est-ce que je mets mon énergie aujourd’hui ?

Une intention alignée ne demande pas plus d’effort.
Elle évite surtout la dispersion.
Parce qu’elle donne une direction à l’énergie avant même l’action.

3. La tension : un signal, pas une erreur

La tension a mauvaise réputation.
On la confond avec le stress, le conflit ou l’échec.

Pourtant, dans tout système vivant, la tension est normale.
Un arc sans tension ne propulse rien.
Un muscle sans tension ne permet aucun mouvement.
Une vie sans tension serait une vie à l’arrêt.

La tension apparaît lorsqu’il y a un écart :
– entre valeurs et actions,
– entre rythme intérieur et contraintes externes,
– entre ce que je donne et ce que je reçois.

En ce sens, la tension est une énergie disponible.
Le problème n’est pas qu’elle existe,
mais qu’elle ne soit ni écoutée, ni orientée.

Dans une lecture logothérapeutique, la tension est souvent le lieu même du sens.
Elle indique qu’un ajustement est nécessaire, pas un renoncement.

4. Quand la trilogie se dérègle… ou s’aligne

👉 Attention dispersée + intention floue = tension subie.
👉 Attention choisie + intention claire = tension féconde.

La différence n’est pas dans la charge de travail.
mais dans la qualité du lien à ce que l’on vit.

C’est là que se construit la robustesse.
Non pas dans le fait de « tenir bon »,
mais dans la capacité à se réajuster finement, sans se renier.

Une analogie simple : la navigation

Imaginez un voilier.
La tension, c’est le vent.
L’attention, c’est la capacité à lire la météo, les courants, l’environnement.
L’intention, c’est le cap.

Sans vent, on n’avance pas.
Sans attention, on dérive.
Sans cap, on s’épuise à tourner en rond.

2026 ne sera probablement pas une mer calme.
Mais ce n’est pas une raison pour naviguer sans gouvernail.

Et si c’est une année en tension.
Mais la tension, en soi, n’est ni un défaut ni une fatalité.

Ce qui fera la différence, ce n’est pas la quantité de pressions extérieures,
mais notre capacité à habiter ce que nous vivons avec conscience.

Lorsque l’attention se pose,
lorsque l’intention se clarifie,
la tension cesse d’être subie.

Elle devient une information utile
Un appel à ajuster.
Un espace où peut émerger du sens.

Et peut-être qu’au fond, le véritable enjeu de 2026 n’est pas de tenir plus,
mais de vivre plus juste.


« Comment savoir si la tension que je ressens est utile… ou si elle est en train de m’abîmer ? »

Excellente question, car toutes les tensions ne se ressemblent pas.

Il existe des tensions qui informent et des tensions qui usent.

👉 Une tension qui informe est reliée à quelque chose de vivant.
Elle est identifiable, souvent liée à un enjeu précis.
Elle apparaît quand il y a un écart à ajuster, une décision à clarifier, un positionnement à affiner.
Et une fois l’ajustement posé, elle se transforme ou se relâche.

👉 Alors que la tension qui use, est -au contraire- diffuse.
Elle s’installe dans la durée, sans message clair.
Elle ne pointe pas un réglage à faire, mais signale une énergie qui se disperse, souvent parce que l’attention est constamment happée ailleurs que là où le sens est présent.

🔎 Un repère simple pour faire la différence :
En fin de journée, êtes-vous fatigué mais nourri, ou alors vidé et agacé ?

La fatigue nourrissante accompagne souvent une tension féconde.
L’épuisement irritable signale, lui, un désalignement plus profond.

Dans ce cas, le problème n’est pas l’intensité de ce que vous vivez, mais le manque de clarté sur ce qui mérite réellement votre énergie


🟠 LE CHIFFRE QUI PARLE

📊 62 % des actifs déclarent ressentir une charge mentale élevée dans leur vie personnelle, selon le 2ᵉ baromètre Ifop – News RSE publié en 2025. Cette donnée ressort d’une enquête menée auprès d’un échantillon représentatif d’actifs français et met en lumière à quel point la charge cognitive quotidienne (souvent invisible) pèse sur notre capacité d’attention, nos ressources psychiques et notre énergie globale.

👉 Cela signifie que presque deux personnes sur trois actives vivent une forme de surcharge mentale dans leur quotidien personnel, au point que cela influence leur bien-être, leur capacité à se concentrer, à être présentes ou à ajuster leurs intentions. (source Ifop )


Viktor Frankl

Psychiatre autrichien, survivant des camps, Viktor Frankl a vu ce que beaucoup n’osaient pas regarder : l’être humain peut survivre à presque tout… sauf à la perte de sens.

Sa contribution majeure n’est pas une méthode de plus, mais un changement de regard :
• la tension n’est pas pathologique en soi,
• elle est souvent le signe d’un appel à se positionner.

Frankl parlait de “tension noétique” :
la tension entre ce que je suis et ce que la vie attend de moi ici et maintenant.

Plutôt que de chercher l’équilibre mou, il invitait à une tension orientée, porteuse de responsabilité et de dignité.

Une pensée précieuse pour nos temps modernes, saturés d’objectifs mais parfois pauvres en direction intérieure.


🔍 ATTENTION

1️⃣ Choisir son projecteur
Votre attention fonctionne comme un faisceau : là où il éclaire, l’énergie suit.
👉 En début de séquence (réunion, tâche, échange), nommez une seule chose à regarder vraiment. Le reste attendra.

2️⃣ Réduire avant d’ajouter
Le cerveau ne manque pas de capacité, il manque de tri.
👉 Avant de chercher une nouvelle méthode ou un nouvel outil, enlevez une source de dispersion (notification, onglet, sollicitation inutile).

🧭 INTENTION

3️⃣ Passer du “je dois” au “au service de quoi”
Une intention n’est pas une obligation, c’est une orientation.
👉 Reformulez vos actions clés en commençant par :
“Ce que je fais aujourd’hui est au service de…”

4️⃣ Une intention par séquence, pas par journée
Trop d’intentions simultanées créent de la friction interne.
👉 Clarifiez l’intention dominante de chaque temps fort plutôt que d’en empiler plusieurs.

⚖️ TENSION

5️⃣ Localiser la tension avant de vouloir la faire disparaître
Une tension floue épuise, une tension nommée informe.
👉 Demandez-vous : où est-elle ? quand apparaît-elle ? avec qui ou quoi ?

6️⃣ Lire la tension comme un indicateur d’ajustement
La tension n’est pas un bug du système, c’est une information.
👉 Elle indique souvent un écart entre attention, intention… et réalité vécue. Ajuster l’un des trois suffit parfois à relâcher l’ensemble.

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